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Les fermes

LES LIEUX DU ROMAN

 

 

Nous avons déjà planté trois mille pieds d’arbres sur les deux nouvelles fermes. Le parent de Manette est enchanté d’avoir la Rabelaye. Martineau tient la Baude. Le bien de nos quatre fermiers consiste en prés et en bois, dans lesquels ils ne portent point, comme le font quelques fermiers peu consciencieux, les fumiers destinés à nos terres de labour.

 

Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée

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Monsieur et Madame de Mortsauf possèdent un vaste domaine autour de leur château de Clochegourde, un peu à l’image de celui, mais réel, de Monsieur de Margonne à Saché. Moulins, noyers, vignes, terres cultivables ; cet ensemble est varié. Plusieurs passages du roman évoquent des fermes qui peuvent être en mauvais état :

 

La dépense dépassa de moitié les prévisions à la Cassine et à la Rhétorière, où des murs et des planchers mauvais s’écroulèrent.

 

Mais ces fermes sont restaurées par madame de Mortsauf afin de les remettre en service. Cela doit permettre de donner une plus-value certaine au domaine.

 

Ce jour elle s’alla promener à la Cassine et à la Rhétorière, afin d’y décider les constructions. Le comte marchait seul en avant, les enfants nous séparaient, et nous étions tous deux en arrière suivant lentement, car elle me parlait de ce ton doux et bas qui faisait ressembler ses phrases à des flots menus, murmurés par la mer sur un sable fin.

Elle était certaine du succès, me disait-elle. Il allait s’établir une concurrence pour le service de Tours à Chinon, entreprise par un homme actif, par un messager, cousin de Manette, qui voulait avoir une grande ferme sur la route. Sa famille était nombreuse : le fils aîné conduirait les voitures, le second ferait les roulages ; le père, placé sur la route, à La Rabelaye, une des fermes à louer et située au centre, pourrait veiller au relais et cultiverait bien les terres en les amendant avec les fumiers que lui donneraient ses écuries. Quant à la seconde ferme, la Baude, celle qui se trouvait à deux pas de Clochegourde, un de leurs quatre colons, homme probe intelligent actif et qui sentait les avantages de la nouvelle culture, offrait déjà de la prendre à bail. Quant à la Cassine et à la Rhétorière, ces terres étaient les meilleures du pays ; une fois les fermes bâties et les cultures en pleine valeur, il suffirait de les afficher à Tours. En deux ans, Clochegourde vaudrait ainsi vingt-quatre mille francs de rente environ ; […].

 

Félix lors d’un retour à Clochegourde demande des nouvelles de ces fermes. Madame de Mortsauf lui répond qu’elles se sont bien développées :

 

— Comment vont les changements à la Cassine et à la Rhétorière ? lui demandai-je pour la tirer de ses amères pensées.

— Au delà de mes espérances, me dit-elle. Les bâtiments finis, nous avons trouvé deux fermiers excellents qui ont pris l’une à quatre mille cinq cents francs, impôts payés, l’autre à cinq mille francs ; et les baux sont consentis pour quinze ans. Nous avons déjà planté trois mille pieds d’arbres sur les deux nouvelles fermes. Le parent de Manette est enchanté d’avoir la Rabelaye. Martineau tient la Baude. Le bien de nos quatre fermiers consiste en prés et en bois, dans lesquels ils ne portent point, comme le font quelques fermiers peu consciencieux, les fumiers destinés à nos terres de labour. Ainsi ’’ nos’’ efforts ont été couronnés par le plus beau succès. Clochegourde, sans les réserves que nous nommons la ferme du château, sans les bois ni les clos, rapporte dix-neuf mille francs, et les plantations nous ont préparé de belles annuités. Je bataille pour faire donner nos terres réservées à Martineau, notre garde, qui maintenant peut se faire remplacer par son fils. Il en offre trois mille francs si monsieur de Mortsauf veut lui bâtir une ferme à la Commanderie. Nous pourrions alors dégager les abords de Clochegourde, achever notre avenue projetée jusqu’au chemin de Chinon, et n’avoir que nos vignes et nos bois à soigner.

 

Ces lieux qui peuvent sembler secondaires dans le récit font néanmoins une forte impression à Félix :

 

Pourquoi les noms des deux domaines récemment achetés, dont monsieur et madame de Mortsauf s'occupaient tant, la Cassine et la Rhétorière, m'émeuvent-ils plus que les plus beaux noms de la Terre-Sainte ou de la Grèce ? Qui aime, le die ! s'est écrié La Fontaine. Ces noms possèdent les vertus talismaniques des paroles constellées en usage dans les évocations, ils m'expliquent la magie, ils réveillent des figures endormies qui se dressent aussitôt et me parlent, ils me mettent dans cette heureuse vallée, ils créent un ciel et des paysages ; mais les évocations ne se sont-elles pas toujours passées dans les régions du monde spirituel ?

 

Nathanaël Gobenceaux (musée Balzac, Saché)

 

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