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L'église de Saché

LES LIEUX DU ROMAN

 

 

Le dimanche, de la chapelle réservée où j’étais à l’église avec monsieur, madame de Chessel et l’abbé de Quélus, je lançais des regards avides sur une autre chapelle latérale où se trouvaient la duchesse et sa fille, le comte et les enfants. Le chapeau de paille qui me cachait mon idole ne vacilla pas, et cet oubli de moi sembla m’attacher plus vivement que tout le passé.

 

Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée

 

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L’église de Saché est un des lieux du roman qui revient plusieurs fois. Il a une certaine importance pour l’histoireBalzac intègre ce haut-lieu dans le paysage au même titre que les châteaux de Saché, d’Azay-le-Rideau et de Frapesle :

 

De la fenêtre, l'œil embrassait la vallée depuis la colline où s'étale Pont-de-Ruan, jusqu'au château d'Azay, en suivant les sinuosités de la côte opposée que varient les tours de Frapesle, puis l'église, le bourg et le vieux manoir de Saché dont les masses dominent la prairie. En harmonie avec cette vie reposée et sans autres émotions que celles données par la famille, ces lieux communiquaient à l'âme leur sérénité.

 

Félix de Vandenesse y croise Madame de Mortsauf lors d’une messe. Il l’observe de loin et admire sa ferveur.

 

Le dimanche, de la chapelle réservée où j’étais à l’église avec monsieur, madame de Chessel et l’abbé de Quélus, je lançais des regards avides sur une autre chapelle latérale où se trouvaient la duchesse et sa fille, le comte et les enfants. Le chapeau de paille qui me cachait mon idole ne vacilla pas, et cet oubli de moi sembla m’attacher plus vivement que tout le passé. Cette grande Henriette de Lenoncourt, qui maintenant était ma chère Henriette, et de qui je voulais fleurir la vie, priait avec ardeur ; la foi communiquait à son attitude je ne sais quoi d’abîmé, de prosterné, une pose de statue religieuse, qui me pénétra.

 

Suivant l’habitude des cures de village, les vêpres devaient se dire quelque temps après la messe. Au sortir de l’église, madame de Chessel proposa naturellement à ses voisins de passer les deux heures d’attente à Frapesle, au lieu de traverser deux fois l’Indre et la prairie par la chaleur. L’offre fut agréée.

 

La comtesse, femme pieuse et vertueuse, retourne régulièrement à l’église. Félix de Vandenesse l’accompagne parfois :

 

La comtesse voulut aller rendre grâces à Dieu du rétablissement de monsieur de Mortsauf, elle fit dire une messe et me demanda mon bras pour se rendre à l'église ; je l'y menai ; mais pendant le temps que dura la messe, je vins voir monsieur et madame de Chessel. Au retour, elle voulut me gronder.

 

Chaque évocation de cet endroit est accompagnée d’une intense émotion. Plus particulièrement à la fin du roman, lorsque que Félix assiste aux obsèques de Madame de Mortsauf :

 

Le surlendemain, par une fraîche matinée d'automne, nous accompagnâmes la comtesse à sa dernière demeure. Elle était portée par le vieux piqueur, les deux Martineau et le mari de Manette. Nous descendîmes par le chemin que j'avais si joyeusement monté le jour où je la retrouvai ; nous traversâmes la vallée de l'Indre pour arriver au petit cimetière du Saché ; pauvre cimetière de village, situé au revers de l'église, sur la croupe d'une colline, et où par humilité chrétienne elle voulut être enterrée avec une simple croix de bois noir, comme une pauvre femme des champs, avait-elle dit. Lorsque du milieu de la vallée, j'aperçus l'église du bourg et la place du cimetière, je fus saisi d'un frisson convulsif. Hélas ! nous avons tous dans la vie un Golgotha où nous laissons nos trente-trois premières années en recevant un coup de lance au cœur, en sentant sur notre tête la couronne d'épines qui remplace la couronne de roses : cette colline devait être pour moi le mont des expiations.

 

C’est de là que le jeune Félix va se rendre au château de Saché pour se reposer :

 

L'église était pleine de monde. Après le service, nous allâmes au cimetière où elle devait être enterrée près de la croix. Quand j'entendis rouler les cailloux et le gravier de la terre sur le cercueil, mon courage m'abandonna, je chancelai, je priai les deux Martineau de me soutenir, et ils me conduisirent mourant jusqu'au château de Saché ; les maîtres m'offrirent poliment un asile que j'acceptai.

 

Cette église, parfois invisible, devient repère sonore et existe par le son de ses cloches.

 

Belle fut cette nuit passée sous ses fenêtres, au milieu du murmure des eaux passant à travers les vannes des moulins, et entrecoupé par la voix des heures sonnées au clocher de Saché !

 

 

Nathanaël Gobenceaux (musée Balzac, Saché)

 

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